• Nina COMPANEEZ - ‎LE LIVRE DE BRIGITTE BARDOT - Ed.Frontières - 1971
COMPANEEZ Nina - LE LIVRE DE BRIGITTE BARDOT - Ed.Frontières - 1971 COMPANEEZ Nina. - LE LIVRE DE BRIGITTE BARDOT. Editions Frontières. 1971. Grand in-8° oblong broché -petite pliure sur le dos sans gravité - Couverture illustrée. 95 pages. 66 photos en noir et en couleurs, plus ou moins érotiques. - Bon état. Peu courant. Brigitte Bardot (connue sous les initiales de « BB »), née le 28 septembre 1934 à Paris, est une actrice de cinéma, mannequin, chanteuse et militante de la cause animale française. Figure féminine des années 1950 et 1960, elle est une star mondiale, l'égérie et la muse de grands artistes de l'époque. Emblème de l'émancipation des femmes et de la liberté sexuelle, elle passe des rôles de femme-enfant à ceux de femme fatale. Elle tourne avec les plus grands réalisateurs, incarnant des personnages à l'élégante légèreté et à la sensualité photogénique. Elle devient rapidement un sex-symbol et acquiert une renommée internationale. Avec à son actif 45 films et plus de 70 chansons en près de 21 ans de carrière, Brigitte Bardot est une des artistes françaises les plus célèbres au monde. En 1973, elle met un terme à sa carrière d'actrice et se consacre dès lors exclusivement à la défense des droits des animaux, par la création notamment de la fondation Brigitte-Bardot. À partir des années 1990, plusieurs de ses livres et prises de position la remettent sur le devant de la scène médiatique, en particulier lorsqu'elle dénonce les égorgements rituels d'animaux sans étourdissement préalable ou encore la montée de l'islam en France. SommaireBiographie[modifier | modifier le code]Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]Brigitte Bardot naît à Paris, le 28 septembre 19341,2, au 5, place Violet dans le 15e arrondissement3, dans un milieu bourgeois. Son père Louis Bardot, surnommé « Pilou » (1896-1975), est un industriel originaire de Ligny-en-Barrois en Lorraine4, propriétaire des Usines Bardot (appartenant à Air liquide), dont le siège était rue Vineuse à Paris5. Sa mère Anne-Marie Mucel (1912-1978), dite « Toty », a passé son enfance en Italie. Brigitte et sa sœur cadette Marie-Jeanne (dite Mijanou), née le 5 mai 1938, reçoivent une éducation stricte. Elles souffriront d'un manque criant d'affection de la part de leurs parents, surtout de leur mère. Dès son plus jeune âge, une amblyopie qui l'empêche de voir de son œil gauche6 est diagnostiquée chez Brigitte. Enfant dissipée, elle souffre de la préférence de ses parents pour sa sœur Marie-Jeanne et se pose alors souvent la question « Pourquoi je vis7 ? ». Elle se passionne pour la danse classique8 et fait ses premiers pas, à sept ans, au cours Bourgat. En 1949, la jeune fille entre au Conservatoire de Paris et y obtient un premier accessit9. Son père, dont un recueil de poèmes a été primé par l'Académie française10, est un passionné de cinéma et adore filmer. Il existe ainsi de nombreux films de Brigitte enfant (fait rare à l'époque). Sa mère aime particulièrement la mode et la danse. Les Bardot, qui font partie de la haute société, fréquentent le Tout-Paris, des directeurs de presse, de théâtre, de cinéma mais aussi des gens de la mode. Elle étudie à l'Institut de la Tour, un établissement catholique situé au no 86 rue de la Tour (16e arrondissement)11 Hélène Lazareff, directrice de Elle et du Jardin des Modes12, est une grande amie de Madame Bardot ; elle engage Brigitte en 1949 pour présenter la mode « junior ». À 15 ans, l'adolescente devient très vite la « mascotte » du magazine Elle, dont elle fait la couverture dès 194913. Le réalisateur Marc Allégret, voyant les photos, demande à la rencontrer14, mais ses parents s'opposent à ce qu'elle devienne actrice15. Son grand-père, qu'elle surnomme « le Boum », lui fait confiance, et prend sa défense : « Si cette petite doit un jour être une putain, elle le sera avec ou sans le cinéma, si elle ne doit jamais être une putain, ce n'est pas le cinéma qui pourra la changer ! Laissons-lui sa chance, nous n'avons pas le droit de disposer de son destin15. » À l'audition, elle rencontre l'assistant d'Allégret, Roger Vadim15, qui lui donne la réplique pour une scène du film Les lauriers sont coupés16. Le film ne se fait pas, mais ils tombent amoureux17. Ses parents s'opposent à cette relation. Son père lui annonce un soir qu'elle va poursuivre ses études en Angleterre18 et qu'elle doit prendre le train dès le lendemain matin, pour ne revenir qu'à sa majorité18, cinq ans plus tard19. Effondrée elle refuse, ce soir-là, de les accompagner à un spectacle, prétextant un mal de tête19, et dès leur départ, met sa tête dans le four de la cuisine, le gaz ouvert19. Rentrés plus tôt — le spectacle ayant été annulé — ses parents la trouvent dans le coma avec, à ses côtés, un petit mot expliquant son geste19. Reprenant conscience elle parvient, à force de supplications, à convaincre son père de ne pas l'envoyer en Angleterre. Il accepte, à condition qu'elle n'épouse Vadim qu'à l'âge de dix-huit ans20. Premiers pas au cinéma[modifier | modifier le code]Après avoir de nouveau fait la couverture de Elle21, Brigitte Bardot se voit offrir son premier — petit — rôle par le réalisateur Jean Boyer dans Le Trou normand avec Bourvil. La débutante n’est pas enthousiaste, mais accepte pour les 200 000 francs qu'on lui offre22. Elle notera, dans ses mémoires parus en 1996, avoir un souvenir pénible de ce premier tournage22, mais poursuit cependant dans cette voie avec Willy Rozier, qui lui offre son second rôle dans Manina, la fille sans voiles23. Pour ses 18 ans, son père l’autorise à se marier avec Roger Vadim (la majorité étant à 21 ans à l'époque). Le mariage est célébré à l'église Notre-Dame-de-Grâce-de-Passy (16e arrondissement de Paris), le 21 décembre 195220,24. En 1953, elle rencontre Olga Horstig, qui devient son agent25. Anatole Litvak, metteur en scène américain, lui demande de jouer un petit rôle dans Un acte d'amour avec Kirk Douglas25. André Barsacq lui propose de reprendre, au théâtre de l'Atelier, le rôle créé par Dany Robin dans L'Invitation au château de Jean Anouilh26. N'ayant aucune expérience théâtrale, elle se trouve « nulle »26. Le soir de la première, les plus grands critiques sont présents27. Peu avant son entrée en scène, Anouilh lui envoie des fleurs et un petit mot : « Ne vous inquiétez pas, je porte chance27 ». Le lendemain, elle reçoit les compliments de Jean-Jacques Gautier et la plupart des critiques sont bonnes27. Sacha Guitry cherchant une comédienne « pas chère » pour jouer Mademoiselle de Rosille, maîtresse d'un soir de Louis XV interprété par Jean Marais, l'agent de Bardot propose à Brigitte de jouer une scène dans Si Versailles m'était conté...27. Elle accepte alors avec joie27. La jeune actrice se rend ensuite à Rome, où on lui propose du travail28 et s'y lie d'amitié avec Ursula Andress29, rendue célèbre, quelques années plus tard, par le film James Bond 007 contre Dr No. Bardot décroche un rôle dans un film américain, Hélène de Troie de Robert Wise avec Rossana Podestà. « Mon anglais était minable et mon trac formidable. J'appris mon rôle sur le bout des doigts, je ne savais même pas ce que je disais, mais je le disais avec tant d'assurance que je fus choisie28 ». Encore à Rome, elle tient le rôle principal30 d'une petite30 production italienne, Haine, Amour et Trahison, qu'elle qualifiera plus tard de « mélodrame ridicule ». De retour en France, son agent lui propose de jouer avec Michèle Morgan et Gérard Philipe dans Les Grandes Manœuvres de René Clair. Son rôle n'est pas important, mais elle préfère « un petit rôle dans un très bon film à un grand rôle dans un mauvais film31 ». Marc Allégret la dirige ensuite dans En effeuillant la marguerite qui est un échec32. Elle retourne alors à Rome pour Les Week-ends de Néron, elle devient, pendant le tournage, « capricieuse », selon ses propres termes, exigeant pour une scène de bain qu'une solution d'amidon soit remplacée par du lait... vite transformé en yaourt par la chaleur des projecteurs33. Vie privée[modifier | modifier le code]Brigitte Bardot a été mariée quatre fois34. du 20 décembre 1952 (à la mairie) / 21 décembre 1952 (à l'église de Passy) au 6 décembre 1957 avec Roger Vadim34 ;du 18 juin 1959 au 30 janvier 1963 avec Jacques Charrier34 ;du 14 juillet 1966 au 1er octobre 1969 avec Gunter Sachs34 ;depuis le 16 août 1992 avec Bernard d'Ormale34.Elle épouse Roger Vadim à l'âge de 18 ans. Lors du tournage de Et Dieu… créa la femme, elle tombe amoureuse de son partenaire Jean-Louis Trintignant35. Ses rapports avec Vadim deviennent ceux d'un frère et d'une sœur35. Le réalisateur réalise avec difficulté les scènes d'amour entre elle et Trintignant35. Marié à Stéphane Audran, Trintignant quitte tout pour aller vivre avec Bardot, qui en fait de même35. Elle dit plus tard : « J'ai vécu avec lui la période la plus belle, la plus intense, la plus heureuse de toute cette époque de ma vie35 ». Il la quitte en 1957, année de son divorce avec Roger Vadim, lorsqu'elle revient de Madrid, où elle a de nouveau tourné sous la direction de Vadim dans Les Bijoutiers du clair de lune, persuadé qu'elle lui a été infidèle36. Elle déclare : « Jean-Lou est parti parce que je ne l'en empêchais pas, parce que je ne savais plus où j'en étais37 ». Bardot et Sami Frey à Saint-Tropez en 1963. Brigitte Bardot en 1961 (photographie de Pierluigi Praturlon).Le 15 mai 1958, Brigitte Bardot achète La Madrague, une maison située sur la route des Canebiers, à Saint-Tropez, pour la somme de 24 millions de francs français38 de l'époque (anciens francs). Elle connaît de brèves liaisons avec Gilbert Bécaud39 et Sacha Distel. Ensuite, elle se marie pour la deuxième fois, avec Jacques Charrier, qu'elle a rencontré sur le tournage de Babette s'en va-t-en guerre40. Avec lui, elle aura son unique fils, Nicolas Charrier, en 1960. Ils divorcent en 1963, Brigitte ayant une aventure avec Sami Frey depuis La Vérité, en 1960. Elle affirme : « Sami, un être rare, sensible, angoissé et érudit qui resta longtemps l'homme de ma vie41 ». Il met un terme à leur relation l'été 1963, du fait de sa liaison avec le musicien brésilien Bob Zagury. En mai 1966, elle rencontre Gunter Sachs42. Elle déclare : « J'avais déjà connu bien des hommes, j'avais aimé, vécu des passions, mais ce soir-là, je m'envolais, portée par Gunter dans un monde féerique, que je n'avais jamais connu et que je ne connaîtrais jamais plus43 ». Elle l'épouse en troisièmes noces près de deux mois après cette rencontre. Ils restent ensemble moins d'un an, bien qu'ils ne divorcent que trois ans après leur mariage. Paris Match et Jours de France leur consacrent un numéro spécial et ne cessent de parler d'eux pendant un mois, tout comme les quotidiens internationaux Time, Life, Newsweek, La Stampa ou encore Spiegel44. Certains attendent même avec impatience 1973, ayant remarqué qu'elle se marie tous les sept ans44. Pendant leur voyage de noces à Tahiti45, elle est déçue par son attitude, la laissant seule pour partir rejoindre ses amis46. Elle regrette : « À ce moment, j'ai compris que Gunter était un homme qui avait besoin de copains, de traditions, les femmes n'étant dans sa vie que les parures splendides mais artificielles d'une mise en scène théâtrale d'où il ne pouvait tirer la quintessence de son existence46 ». Ils ne se voient que très rarement : « En deux ans de mariage, je dus le voir l'équivalent de trois mois pleins47 ». Alors qu'il rêve de tourner un grand film pour elle, il veut présenter au Festival de Cannes un documentaire animalier, « sans aucun intérêt » selon Brigitte48. Il la menace de divorce si elle ne veut pas l'accompagner pour en faire la promotion. « Je haïssais Cannes. [...] Ce n'était pas pour aller présenter son film de merde que je changerais d'avis ! « Madame, me répondit Gunter, si vous n'acceptez pas, je divorce ! - Eh bien, divorcez, monsieur »48. » Même si elle se sait trompée, elle finit par accepter49. Leur relation ne cesse alors de se détériorer. En 1967, elle enregistre, pour le Bardot Show, Harley-Davidson composé par Serge Gainsbourg avec qui elle se sent bien. « Ce fut un amour fou — un amour comme on en rêve — un amour qui restera dans nos mémoires et dans les mémoires50 ». Elle devient sa muse50. Pour essayer néanmoins de sauver son mariage, elle lui demande de ne pas sortir Je t'aime… moi non plus et chante pour lui Bonnie and Clyde ou encore Comic Strip. En mai 1968, alors qu'ils se trouvent à Rome, Gunter lui annonce son départ précipité pour les îles Canaries51. Elle reste néanmoins suspicieuse. C'est la femme de chambre de Gunter, Margaret, qui, par ailleurs ne cesse d'espionner Brigitte52, qui lui remet une lettre de rupture52. Sur les témoignages précis de sa femme de chambre, il lui explique qu'il ne peut plus accepter plus longtemps d'être « trahi dans sa propre demeure, ridiculisé et cocufié ouvertement devant ses amis et collaborateurs, et ses domestiques52! » Elle est atterrée par cette nouvelle, « J'avais déjà trompé Gunter, certes, il me l'avait rendu au centuple, mais cette fois ce n'était pas le cas et pourtant je sentais qu'il me serait impossible de me justifier52,49 ». Par la suite, elle noue une relation avec Patrick Gilles, qui dure plus de deux ans53, puis avec Christian Kalt, Laurent Vergez, Mirko Brozek et Allain Bougrain Dubourg54. En 1992, lors d'un dîner organisé par son avocat, Jean-Louis Bouguereau, à Saint-Tropez, elle fait la connaissance de Bernard d'Ormale. Elle évoque alors, dans ses mémoires, « un coup de foudre mutuel55 » et prédit qu'« il sera [s]on mari pour le reste de [s]a vie56 ». Dans sa vie, Brigitte Bardot dit avoir connu 17 hommes56. Certaines liaisons avec des hommes peu médiatisés57. Consécration[modifier | modifier le code]Et Dieu… créa la femme (1956)[modifier | modifier le code]Article détaillé : Et Dieu… créa la femme. Vue de Saint-Tropez.En 1956, Roger Vadim écrit avec Raoul Lévy un scénario intitulé Et Dieu… créa la femme58. Aucun producteur ne veut financer le film58. Brigitte Bardot se rend alors au festival de Cannes. Tout le monde parle d'elle et la starlette qu'elle est devenue éclipse Sophia Loren et Gina Lollobrigida, les plus grandes stars de l'époque59. Les flashs des photographes se déclenchent sur son passage et son sex-appeal émeut la Croisette. C’est finalement grâce à l'approbation de Curd Jürgens, acteur important de cette époque, pour qui Vadim et Lévy ont taillé sur mesure le rôle d'Éric Carradine, qu'ils obtiennent le financement nécessaire60. Le tournage a lieu à Saint-Tropez60. C'est ce film qui lui permet d'entrer dans la légende du cinéma mondial et de devenir un mythe vivant, un modèle social et un sex-symbol international61. La jeune artiste y joue le rôle de Juliette Hardy, face à Curd Jürgens, Christian Marquand et Jean-Louis Trintignant, avec lequel se noue une liaison35. Un an plus tard, le 6 décembre 1957, elle divorce de Vadim. Celui-ci définit ainsi le personnage qu'elle interprète : « Je voulais, à travers Brigitte, restituer le climat d'une époque, Juliette est une fille de son temps, qui s'est affranchie de tout sentiment de culpabilité, de tout tabou imposé par la société et dont la sexualité est entièrement libre. Dans la littérature et les films d'avant-guerre, on l'aurait assimilée à une prostituée. C'est dans ce film une très jeune femme, généreuse, parfois désaxée et finalement insaisissable, qui n'a d'autre excuse que sa générosité62. » À sa sortie en France, le film est accueilli avec une certaine réserve63. Les Cahiers du cinéma reprochent la facilité du sujet et le choix des acteurs63. Brigitte Bardot est critiquée sans indulgence pour son verbe traînant et son articulation douteuse63. Paul Reboux dit d'elle qu'elle a « le physique d'une boniche et la façon de parler des illettrés63! » Raoul Lévy et Roger Vadim décident d'exploiter le film à l'étranger en espérant qu'il y sera un succès63. Rebaptisé And God Created Woman, il fait un triomphe aux États-Unis64. « C'était un succès extraordinaire, les critiques se montraient dithyrambiques, je devenais soudain la Française la plus connue outre-Atlantique65 » se rappelle Bardot quelques années plus tard. Les Américains inventent même le terme « bardolâtrie »66,10 pour qualifier l'enthousiasme qu'elle suscite. Simone de Beauvoir affirme qu'« [elle] marche lascivement et [qu']un saint vendrait son âme au diable pour la voir danser10 ». Le film ressort alors en France et connaît un triomphe retentissant. Cinémonde écrit : « Le sex-appeal, c'est Marlene Dietrich, le glamour, c'est Ava Gardner, le oomph, c'est Jane Russell, le t'ça, c'est Suzy Delair, le pep, c'est Marilyn Monroe, Brigitte Bardot mélange tous ces ingrédients explosifs, y ajoute un zeste de fantaisie personnelle, elle sera le pschitt67! » Elle commence alors à recevoir beaucoup de lettres et d'appels téléphoniques de la part d'admirateurs65 et décide de prendre un secrétaire, Alain Carré, qui dévoilera, quelques années plus tard, bon nombre de ses secrets à la presse65. Dès lors, les projets de films s'accumulent. Olga, son agent, et Raoul Lévy lui proposent En cas de malheur que doit réaliser Claude Autant-Lara, le nouveau film de Vadim Les Bijoutiers du clair de lune ainsi qu'Une Parisienne et La Femme et le Pantin68. Son favori est En cas de malheur. Néanmoins, elle les accepte tous, mais refuse le film américain qu'on lui propose où Glenn Ford et Doris Day lui demandent d'être leur partenaire : Le Père malgré lui69. John Wayne évoque le souhait de jouer à ses côtés en 1960 : « Pour elle, je suis prêt à renoncer à mon chapeau de cow-boy69. » Son agent lui fait savoir qu'elle est invitée à Londres à la Royal Command Performance, pour le grand gala annuel, et doit être présentée à la reine Élisabeth II68. C'est là qu'elle rencontre Marilyn Monroe. « Je l'adorais, la regardais, fascinée. J'aurais voulu être « Elle », avoir sa personnalité et son caractère70 ». En 1958, Brigitte Bardot devient l'actrice française la mieux payée du cinéma français. Après Et Dieu… créa la femme, Raoul Lévy lui fait signer un contrat pour quatre films. Douze millions de francs français pour le premier film, quinze millions pour le second, trente millions pour le troisième et quarante-cinq millions pour le quatrième. Elle reçoit cinq pour-cent des recettes pour le film Les Bijoutiers du clair de lune38. D'Une Parisienne à Babette s'en va-t-en guerre (1957-1959)[modifier | modifier le code]Rentrée en France, elle tourne dans Une Parisienne de Michel Boisrond avec Henri Vidal et Charles Boyer, qui est pour elle une comédie « fine et spirituelle, pleine d'humour et d'amour71 » . « Il fait partie des films dont je suis fière, il n'y en a pas eu beaucoup. Cette réussite me stimula et j'eus envie de continuer à me donner du mal pour mon métier72 ». Le film a en effet un grand succès71. La jeune actrice se rend ensuite en Espagne pour jouer dans Les Bijoutiers du clair de lune. Le tournage se termine à la suite d'un orage terrible73. Déprimée, elle souhaite rentrer en France74,73. Les dégâts sont tels que la production décide de tout rapatrier, et c’est à Nice, au Studios de la Victorine, dans un décor reconstitué, que la jeune femme termine le film75. Un soir, sa mère lui téléphone de Saint-Tropez ; elle a trouvé pour elle une maison « les pieds dans l'eau »76. Bardot s'y rend, tombe sous le charme de La Madrague, et l'achète immédiatement76,77. En 196378, l’obtention d’une dérogation exceptionnelle l'autorise à construire des murs se prolongeant sur la plage dans la continuité des clôtures de sa propriété, afin de protéger son intimité des importuns, notamment des paparazzi79. De retour à Paris, elle commence à tourner dans En cas de malheur avec Edwige Feuillère et Jean Gabin, mais terrorisée à l'idée de jouer un rôle aussi sérieux avec des acteurs si reconnus, elle panique80,81; le réalisateur Claude Autant-Lara, réputé pour être difficile80, s'énerve dès le premier jour car la jeune femme n'arrive pas à dire son texte correctement à chaque prise37. Gabin, sentant son angoisse, sa timidité et son affolement, la voyant au bord de la crise de nerfs, fait « exprès » de se tromper à la prise suivante37. L'atmosphère s’étant détendue, « j'ai enfin pu dire mon texte sans me tromper37 ». Le film, sélectionné au festival de Venise82, est accueilli avec une certaine réserve mais demeure, pour la comédienne, l'un de ses préférés avec La Vérité, Viva Maria !, Et Dieu… créa la femme et L'Ours et la Poupée83. Elle reçoit néanmoins cette année-là, puis jusqu'en 1961, le premier prix de popularité décerné par Ciné Télé Revue83. Brigitte Bardot en Italie, 1958.En 1959, elle accepte de jouer dans Babette s'en va-t-en guerre84. À la réception du scénario, ne comprenant pas que ce film, qu'elle imagine charmant, drôle et séduisant, puisse être rendu aussi minable et sans intérêt85, elle le renvoie ; elle a barré chaque page de crayon rouge, et écrit sur la dernière, où sa signature et son approbation devaient être apposées : « Je ne tournerai « jamais » une merde pareille85 ». Raoul Lévy fait alors réécrire l'histoire par Gérard Oury qui, entre sa carrière d'acteur et celle de metteur en scène, travaille alors comme scénariste-dialoguiste85. Le scénario est soumis une nouvelle fois à Bardot qui l'accepte avec enthousiasme85. Ses partenaires sont Francis Blanche et Jacques Charrier avec qui la jeune femme a une liaison86. Apprenant, peu après, qu'elle est enceinte., ne désirant pas d'enfant et effrayée à l'idée d'être mère87, elle envisage un avortement88, avant d'avouer la vérité à Jacques Charrier qui est « fou de joie » lorsqu'il l'apprend88. Ils se marient le 18 juin 195989 et, à cette occasion, Bardot lance la mode du vichy à carreaux, des cheveux longs et blonds et des ballerines89. Le 20 septembre 1959 sort Babette s'en va-t-en guerre90. Le film est un succès91 accueilli avec « sympathie par un public attiré par le couple que nous formions, par les acteurs sensationnels tel Francis Blanche, qui nous entouraient et par le côté farfelu et rigolo d'une guerre ironique90 ». Son agent lui fit alors savoir que Raoul Lévy et Henri-Georges Clouzot lui proposent de tourner à partir de mai 1960 dans La Vérité92. Mais son mari lui refuse la lecture de ce scénario qu’il juge déshonorant pour lui, sa famille et l’enfant à naître, puis jette tout ce qu'elle reçoit et plus particulièrement ce que lui propose Clouzot93. Elle signe néanmoins avec ce dernier dans le plus grand secret94. Sex-symbol des années 1960[modifier | modifier le code]La Vérité (1960)[modifier | modifier le code]Son fils Nicolas nait le 11 janvier 196095 dans son appartement du 71 avenue Paul Doumer dans le 16e arrondissement de Paris. Après un accouchement difficile, « à la limite du supportable96 », elle refuse de voir son enfant qui représente à ses yeux « neuf mois de cauchemar. C'était un peu comme une tumeur qui s'était nourrie de moi, que j'avais portée dans ma chair tuméfiée, n'attendant que le moment béni où l'on m'en débarrasserait enfin97 ». Elle dira même un jour : « J'aurais préféré accoucher d'un chien98. » Dans la rue, la circulation est interrompue par la centaine de photographes et de journalistes95. Un policier est même de garde devant la porte de son appartement95. Exténué par tous ces événements, le jeune couple décide de partir skier, laissant leur fils à la mère et à la grand-mère de Bardot99. Raoul Lévy téléphone à Brigitte pour lui parler de La Vérité100. La comédienne fait des essais avec plusieurs jeunes acteurs, dont Jean-Paul Belmondo, Hugues Aufray, Gérard Blain, Marc Michel, Jean-Pierre Cassel et Sami Frey101 qui est finalement choisi pour lui donner la réplique aux côtés de Charles Vanel, Paul Meurisse, Louis Seigner, Marie-Josée Nat et Jacqueline Porel101. Brigitte Bardot vit, à ce moment, une période difficile, son époux est malade, le tournage s’avère éprouvant et elle n'arrive pas à s'occuper de son bébé102. Un appel du directeur d'Ici Paris, Pierre Lazareff, un ami, lui apprend alors que son secrétaire a vendu ses mémoires pour 50 millions d'anciens francs à France Dimanche, mettant ses secrets et sa vie privée sur la place publique102. « Je me retrouvais seule avec un nourrisson, un mari malade, une maison à faire tourner, pas de bonne, un film à réussir. Une situation difficile à équilibrer pour tout être normal, impossible en ce qui me concernait103 ». Après le renvoi de son secrétaire, un accord passé entre les différents magazines103, lui permet de supprimer tout ce qui ne lui convient pas104. Sur le plateau de La Vérité Henri-Georges Clouzot se montre difficile53 : « Il me voulait à lui tout seul et régnait sur moi en maître absolu53 ». Le tournage s'avère éprouvant. Dans une scène, alors qu'elle doit pleurer, elle se met à rire, ce qui énerve Clouzot qui la gifle devant toute l'équipe, gifle qu'elle lui retourne53. « Il était hébété ! Jamais on ne lui avait fait ça ! Hors de lui, mortifié, humilié devant témoins, il m'écrasa les pieds avec les talons de ses chaussures. J'étais pieds nus, je poussai un hurlement et me mis à pleurer de douleur. Il demanda instantanément le « moteur » profitant de ces larmes bienvenues pour tourner la scène. Mais boitillante et claudicante, je quittais le plateau telle une reine offensée et réintégrais ma loge53 ». Une autre fois, à la fin du film, le scénario a prévu une scène de suicide où son personnage doit avoir avalé des barbituriques53. Lorsqu'elle se plaignit d'un mal de crâne, Clouzot lui apporta deux aspirines105. « Je me sentis bizarre, une torpeur m'envahit, mes yeux pesaient une tonne, j'entendais comme à travers du coton... On dut me ramener à la maison portée par deux machinistes. Clouzot m'avait droguée en me faisant absorber deux somnifères puissants. Je mis 48 heures à me réveiller ! Mais la scène était réaliste et on ne peut plus vraie105 ! » Chaque matin, le réalisateur la met en condition, lui montrant la vie sous son jour le plus désespéré, le plus injuste, le plus cruel106. Le film étant tourné au mois d'août, elle déprime, imaginant qu'elle pourrait être en vacances106, mais finit par se prendre réellement au jeu. Il lui semble que se déroule son propre procès106. Il est question de la mauvaise réputation de son personnage, de sa scandaleuse façon de vivre, de sa légèreté et son absence totale de moralité106. À la fin du film, elle doit dire un monologue long, émouvant et sincère. Ce sont les dernières paroles de son personnage pour tenter d'attendrir les jurés sur le meurtre commis contre son petit ami107. « On m'attendait au tournant106! Il allait probablement falloir recommencer une dizaine de fois [...] Clouzot vint me voir. Je savais mon texte au rasoir mais si je me trompais, ça n'avait pas d'importance, je devais continuer, inventer, parler avec mes tripes, avec mes mots. [...] Vanel se retourna juste avant le « moteur » et me dit un « merde » plein de tendresse. Il m'aimait bien et voulait que je sois ce qu'il savait que je pouvais être. Il y avait un silence de mort. J'attendis une seconde ou deux. Je les regardais, ceux-là, qui me jugeaient parce que j'osais vivre ! Puis ma voix s'éleva. Cassée, rauque, puissante, je leur dis ce que j'avais à leur dire à tous. Ma force venait de mes entrailles, je vibrais, je jouais ma tête, ma vie, ma liberté. Je pleurais, brisée par les larmes, ma voix hoqueta mais je continuai jusqu'à la fin et tombai assise, la tête entre les mains, en proie à une véritable crise de désespoir. Il y eut un moment de silence puis Clouzot cria « Coupez ! ». Alors, toute la salle du tribunal m'applaudit, les figurants pleuraient, les juges étaient émus, les jurés impressionnés. Ce fut une des plus grandes émotions de ma vie. J'étais vidée, à bout, mais c'était réussi. J'avais gagné. Bien sûr, on ne recommença pas » — Brigitte Bardot, Initiales B.B., Éditions Grasset, p. 274Le tournage de La Vérité se révèle pour elle, sur le plan personnel comme professionnel une belle réussite108. Elle dissimule, par respect pour son mari109, la liaison commencée avec Sami Frey110. Mais son mari ne tarde pas à la découvrir111, de même que les journalistes, qui ne cesseront de la harceler112. Madame Bardot, affolée par l'état dépressif de sa fille, l'envoie dans une maison isolée de Menton, en compagnie de Mercedès une amie112. Tentative de suicide (1960)[modifier | modifier le code]Le 28 septembre 1960, jour de son anniversaire, elle refuse de se rendre à la soirée organisée par Mercédès et préfère rester seule à la maison. Elle boit du champagne et, à chaque gorgée, avale un comprimé d'Imménoctalnote 1,113. Déterminée à mourir, elle erre dans la campagne. Arrivée près d'une bergerie, elle raconte : « Je m'assis par terre, enfonçais de toutes mes forces la lame d'acier dans mes deux poignets, l'un après l'autre. Ça ne faisait absolument pas mal. Le sang coulait à flots de mes veines. Je m'allongeai, regardai les étoiles au milieu des moutons. J'étais sereine, j'allais me dissoudre dans cette terre que j'ai toujours aimée113 ». Elle est retrouvée par un enfant, et l'ambulance qui l'emmène à l'hôpital est contrainte de s'arrêter, des photographes, prévenus, peu soucieux de son état alarmant, barrant la route au véhicule110, prennent des photos, puis la laissent repartir vers les urgences110. À l'hôpital Saint-François de Nice, 48 heures plus tard, elle reprend connaissance, pieds et poings liés à la table de réanimation, des tuyaux traversant son corps de part en part. Elle raconte : « Chaque seconde où je reprenais conscience était un martyre de douleur. [...] Mon retour sur cette terre fut un cauchemar. Prise pour une folle par les médecins, ceux-ci me confièrent à des psychiatres. J'eus droit à une camisole de force113. » Sa tentative de suicide fait les gros titres des journaux comme France Dimanche et Ici Paris114. À sa sortie de l'hôpital, elle doit faire face à la réaction du public. Sa convalescence se passe à Saint-Tropez, où sa mère ne la laisse jamais seule114. Sami Frey, réformé, lui demande de venir le retrouver près de Paris115. Sans nouvelle, Olga, son agent, réussit à la joindre pour lui rappeler l'urgence de faire la synchronisation de La Vérité, ainsi que l'existence du contrat de La Bride sur le cou, le film, mis en scène par Jean Aurel, qu'elle doit commencer en janvier suivant116. Le 2 novembre 1960, La Vérité sort dans les salles parisiennes. Malgré son absence à la première, le film est bien accueilli par la critique et connaît un énorme succès public116. Il est récompensé dans de nombreux festivals internationaux — le film fut nommé a l'Oscar du meilleur film étranger 1961117 — et Brigitte Bardot y est reconnue comme une actrice à part entière118. À l'étranger, elle est consacrée « meilleure actrice de l'année »118. « Brigitte Bardot telle qu'elle-même enfin. Clouzot la change. D'abord semblable à son personnage d'enfant gâtée évaporée et boudeuse, elle se métamorphose en femme dans son box de criminelle. Alors, véritablement elle est autre : par sa voix, son regard et ce corps brusquement effacé. Quand elle crie son amour et l'amour de celui qu'elle a tué, elle émeut. Et son regard de bête traquée, la nuit, dans la prison, à l'instant où elle saisit son morceau de miroir, ce regard fait mal... Quelle est la part de fascination du réalisateur dans cette métamorphose ? Il est difficile de le dire mais elle est certainement prépondérante. » — Jean de Baroncelli, Le Monde.En janvier 1961, elle commence le tournage de La Bride sur le cou, où Michel Subor est son partenaire. Ce film représente pour Brigitte Bardot une façon de se changer les idées, même si elle le considère comme une « ânerie et désespérant de nullité »119. Face au succès de La Vérité, elle annonce aux producteurs que soit elle arrête de jouer, soit ils changent le réalisateur120. Les producteurs la remplacent par Roger Vadim120,121 en raison de sa « médiocrité » et de sa « banalité »120. De Vie privée à Le Mépris (1961-1963)[modifier | modifier le code] Brigitte Bardot dans Vie privée, 1962.Elle accepte alors de jouer dans Vie privée, adapté de sa propre vie, sous la direction de Louis Malle120. Le tournage a lieu à Genève, en Suisse. Au cours d’une scène avec Marcello Mastroianni, un pot de géraniums tombe à trois centimètres de sa tête122, puis l'équipe est bombardée de tomates, de vieux cageots et de pots pleins d'eau. Bardot est insultée de toutes parts : « La putain, en France. Qu'elle aille chez elle faire ses saloperies. La paix en Suisse. Qu'elle crève. Des ordures pour les ordures. Qu'on rouvre les maisons closes pour la mettre dedans avec une caméra122 ». Meurtrie, elle ne comprend pas l’agressivité des gens à son égard123. La réalisation a ensuite lieu à Paris et à Spolète en Italie sans aucun problème, mis à part les paparazzi qui la guettent nuit et jour124 la pourchassant jusqu'à La Madrague, pendant les vacances qu’elle prend après le tournage. Certains n'hésitent pas à entrer dans sa propriété. « Combien de fois au bord de la crise de nerfs ai-je appelé la police ? J'en ai trouvé dans ma salle de bains, dans mon salon, sur la balancelle du jardin ou tout simplement installés sur les chaises longues au bord de l'eau125 ». De retour à Paris, elle est peu enthousiaste pour tourner dans le nouveau film de Roger Vadim, Le Repos du guerrier126, qui doit commencer début 1962. À la même période une lettre de menace de l'OAS exigeant d'elle la somme de 50 000 francs pour soutenir les activistes de l'Algérie française lui parvient127. Bien que « morte de peur », la jeune femme, décide de les affronter, malgré le refus de protection de la police128. Après avoir mis en sécurité son fils en Suisse, elle fait publier en réponse une lettre ouverte où elle dit avoir « porté plainte par l'entremise de mes avocats pour tentative de chantage et d'extorsion de fonds. [...] En tout cas, moi, je ne marche pas parce que je n'ai pas envie de vivre dans un pays nazi128 ». C’est en 1962 que Brigitte Bardot engage son premier combat pour la cause animale, en militant pour le pistolet d'abattage indolore dans les abattoirs. En effet, après avoir vu des photos montrant les conditions dans lesquelles les animaux étaient abattus, elle décide de devenir pescétarienne : « Je ne demande à personne de devenir végétarien, mais peut-être d'essayer de manger moins de viande, morceau d'une chair animale remplie des toxines de la souffrance et de l'angoisse dues à une mort atroce129 ». Elle entame sa première bataille. « Je pleurais longuement sur la photo d'un petit veau qui, les pattes cassées, gisait sanglant la gorge ouverte sur un X de torture, pire qu'aux pires moments du Moyen Âge ! Puisque personne au monde n'avait le courage ou les moyens de dénoncer ces abominables tueries sanglantes moi je le ferais130 ! » À sa demande, Pierre Desgraupes accepte de lui accorder — malgré ses réserves, trouvant qu'un sex-symbol correspondait mal à une séquence aussi dure sur les abattoirs — une interview dans son émission Cinq colonnes à la une130. L’actrice apparaît en direct dans cette émission le 9 janvier 1962131, et montre alors au public qu'un bifteck est le résultat de la mort « abominable d'un animal innocent et martyrisé »132. Suspicieux, Desgraupes lui demande néanmoins si tout cela n’est pas fait pour soigner sa publicité132. Roger Frey, le ministre de l’intérieur de cette époque, lui accorde une entrevue où elle se rend avec quelques exemples de pistolets d'abattage destinés à assommer le gros bétail, afin que la mort lente et consciente par saignement soit abolie dans la plupart des cas, grâce à la projection d'une flèche dans le cerveau qui paralyserait les centres nerveux133. Entre-temps, des membres de l'OAS écrivent une lettre à son père où ils menacent de la vitrioler si les 50 000 francs demandés ne sont pas versés132. Ses parents s'efforcent de la faire protéger par la police qui refuse, se disant débordée de demandes de ce genre128. Deux gardes du corps sont alors engagés132. En février 1962, Bardot retrouve Roger Vadim pour Le Repos du guerrier avec Robert Hossein. Si le film ne lui plait pas beaucoup134, elle garde en revanche un « merveilleux » souvenir de Florence au printemps134. Pour souhaiter une bonne année 1963 aux téléspectateurs, la comédienne accepte d’interpréter des chansons de divers auteurs et compositeurs, notamment de Gainsbourg — qu'elle vient de rencontrer et qui lui a écrit L'Appareil à sous — ainsi que de Jean-Max Rivière (parolier) et Gérard Bourgeois (compositeur), tout en dansant sur des airs du folklore d'Amérique latine135. Brigitte Bardot dans le film Chère Brigitte (1965).Jean-Luc Godard souhaite absolument l'engager dans Le Mépris136 adapté du roman d'Alberto Moravia. Après l’avoir rencontré au début de 1963, elle accepte, bien que ce « genre d'intello cradingue et gauchisant me hérisse136! ». Elle s'envole alors pour Sperlonga, petit village du sud de l'Italie où débutent les prises de vues136. Le tournage l'amuse : c'est « une suite ininterrompue de gags et de farces137, » même si elle décrit Godard comme à la limite du « un coup je te vois un coup je t'ignore. Du reste, il ne fallait pas se presser. Quand on est suisse, il n'y a pas le feu au lac138 ». C'est pendant le tournage qu’a lieu sa séparation d’avec Sami Frey « J'ai eu très mal, car je l'aimais profondément139 ». Mais elle noue une nouvelle idylle avec un Brésilien, Bob Zagury140. Lors de sa sortie, Le Mépris reçoit un accueil mitigé de la part du public et de la critique. Néanmoins, Jean-Louis Bory écrit : « Le véritable Et Dieu… créa la femme, c'est Godard qui l'a tourné, et cela s'appelle Le Mépris. [...] Ce que Vadim a imaginé dans son premier film, mais n'a plus été capable de réaliser, ce que Louis Malle a raté dans Vie privée, Godard l'a réussi. Le Mépris est le film de Bardot, parce qu'il est le film de la femme telle que Godard la conçoit et telle que Bardot l'incarne. Si le phénomène Bardot doit représenter plus tard quelque chose dans l'histoire du cinéma, au même titre que Garbo ou Dietrich, c'est dans Le Mépris qu'on le trouvera. Je ne sais dans quelles conditions le tournage a eu lieu ni si Bardot et Godard se sont bien entendus. Le résultat est là : il y a rarement eu entente aussi profonde (consciente ou non-consciente, je suppose, chez Godard) entre une actrice et son metteur en scène141. » L'avenir donnera raison à l'avis éclairé de Bory, et la scène finale du film, rajoutée pour plaire aux producteurs, deviendra une scène-culte. Selon Bardot, les producteurs s'arrachent les droits du livre d’Exbrayat, Une ravissante idiote, après qu'elle a déclaré l'avoir aimé et trouvé l'histoire « rigolote »139. Le film est finalement produit par Belles Rives ; son partenaire y est Anthony Perkins, qu'elle décrit comme le « rêve impossible de toutes les femmes »142, et le réalisateur Édouard Molinaro. Après ses vacances à Rio de Janeiro, on lui propose une apparition de deux jours dans un film américain qui lui rend hommage avec James Stewart143. Le film, Chère Brigitte, narre l'histoire d'un enfant de dix ans fou d'elle et qui, à force de supplier son père, finit par la rencontrer dans sa maison de campagne144. Elle accepte à condition que toute l'équipe américaine se déplace en France mais trouve Stewart ennuyeux et a l'impression de jouer face à un « robot qui refait et redit à chaque prise les mêmes gestes et les mêmes mots sans aucune personnalité144 ». En juin 1964, Joséphine Baker lance un appel pour sauver sa propriété du Périgord, le château des Milandes, dans laquelle elle avait recueilli tous ses enfants144. Émue et bouleversée par la détresse de cette femme, Bardot participe immédiatement à son sauvetage en lui envoyant un chèque important144. De Viva María ! au festival de Cannes (1964-1967)[modifier | modifier le code]Pendant ce temps, Louis Malle veut lui faire donner la réplique à Jeanne Moreau dans une parodie de western à grand spectacle et gros budget, tourné au Mexique : Viva Maria !145. Son agent lui explique que c'est la chance de sa vie, un moyen de prouver au monde qu'elle est mieux que jolie et très différente de l'image stéréotypée qui circule dans les salles de rédaction146. La décision s'avère difficile à prendre, mais il lui faut relever le défi : accepter d'avoir Jeanne Moreau comme partenaire et réussir à l'égaler dans l'estime du public145,146. Elle se retire quelque temps, préférant partir skier ou faire de la plongée sous-marine. Le 28 septembre 1964, Brigitte Bardot fête son 30e anniversaire. Paris Match lui envoie un de ses plus illustres reporters et son meilleur photographe146,147. La presse mondiale s'empare de l'événement : « B.B. a 30 ans147 ! » Elle, pour qui rien n'a changé146, continue les essayages pour Viva María !. Sa rencontre avec Jeanne Moreau, à ses yeux « simple mais sophistiquée, chaleureuse mais dure, séduisante mais redoutable, enfin je la trouvais telle que je l'imaginais, avec son extraordinaire pouvoir de séduction qui dissimulait mal son caractère d'acier trempé. [...] Je comprenais que les hommes en soient fous148 ». Avant d'aller au Mexique elle part à Noël pour Buzios, un village du Brésil, en compagnie de son petit ami de l'époque, le musicien brésilien Bob Zagury140,149. Dès lors, Buzios connaît le même engouement que Saint-Tropez150,151. On peut entendre à chaque coin de rue la fameuse chanson de Dario Moreno « Brigitte Bardot, Bardot, Brigitte Bejo Bejo150... ». En remerciement, les Brésiliens érigent une statue à son effigie, sculptée par Christina Motta151,152. Brigitte Bardot en 1968.Le tournage de Viva María ! commence fin janvier 1965 à Mexico, où, selon Bardot, les plus grands photographes des plus célèbres journaux du monde défilent sur le plateau153. Tous désirent des séances exclusives, des portraits, des reportages intimistes dans leurs maisons. Ce qui déplaît à la comédienne : « J'en avais déjà ras-le-bol de travailler toute la journée, maquillée du matin au soir, chapeautée, coiffée, encorsetée, bottée, crevée et harassée, qu'au moins, le dimanche, je puisse me détendre, me baigner, dormir traînasser ou visiter le pays153,154 ». Un jour, son agent, qu'elle surnomme affectueusement « Mamma Olga »155, arrive sur le plateau, furieuse, et brandit une pile de journaux où Jeanne Moreau figure en couverture154. À l'intérieur, on ne voit et ne parle que d'elle, en anglais, en français, en allemand, en italien et même en japonais154. Sous la pression de son agent, Bardot accepte de lui faire concurrence154. « À partir de ce jour, je mis un point d'honneur à gagner le pari que j'avais fait contre moi-même en acceptant de tourner ce film. Si Jeanne avait gagné la première manche, j'emporterais la « belle » au finish, comme au poker. [...] J'en ai fait des photos, le soir, le matin à 5 heures à peine réveillée, le dimanche ! J'ai ouvert mes portes, je me suis livrée, insolente, perverse, souriante ou boudeuse. Sous tous les angles, sur toutes les coutures et de toutes les couleurs154 ». Elle avoue être capricieuse durant le tournage154 mais accepte de grimper sur un train en marche, sautant de toit de wagon en toit de wagon ou de se baigner dans l'embouchure d'un fleuve infesté de requins où un machiniste a perdu une jambe156. Le film sort officiellement à New York et à Los Angeles en 1965157,158,140 et Brigitte Bardot, d’abord hésitante, accepte de le représenter. Son voyage dans ces deux villes n'est qu'une succession ininterrompue d'interviews, de photos, de champagne et de toasts159. Une journaliste lui pose la question « Que mettez-vous pour dormir? » et elle répond « les bras de mon amant », là où Marilyn avait répondu « du No 5 de Chanel160 ». Le film est un immense succès et la critique est unanime quant à la performance de Bardot. Paris Jour écrit : « Jeanne Moreau est écrasée par Brigitte Bardot161 ». L'Avant scène remarque : « Si Jeanne Moreau est remarquable, Brigitte Bardot est tout simplement éblouissante dans son rôle de pétroleuse et il faut bien dire qu'elle vole la vedette à sa collègue162 ». L'année suivante, elle rencontre le milliardaire allemand Gunter Sachs et l’épouse en troisièmes noces le 14 juillet 1966. Celui-ci, pour lui déclarer son amour, fait tomber une pluie de pétales de roses rouges sur La Madrague depuis son hélicoptère. Louis Malle fait de nouveau appel à elle pour le sketch William Wilson tiré des Histoires extraordinaires d'Edgar Allan Poe. Son partenaire est Alain Delon et le tournage a lieu à Rome au printemps 1967163. Sa performance (en perruque brune, fouettée par Delon) est saluée par la critique164. La star française refuse de tourner le film américain Shalako, un western dont l'action se déroule dans les années 1880, mis en scène par Edward Dmytryk. Le tournage prévu pour le début de 1968, dans le Sud de l'Espagne, avec Sean Connery comme partenaire, doit être impérativement tourné en langue anglaise165. Elle refuse également de jouer une James Bond girl dans Au service secret de Sa Majesté et déclare : « Je trouve les films James Bond excellents, mais sans moi29 ! ». Son agent et son mari la poussent à accepter L'Affaire Thomas Crown avec Steve McQueen, pour lequel on lui propose un million de dollars166. Sur son nouveau refus, le rôle est attribué à Faye Dunaway. Entre-temps, elle prépare ce qui sera le Bardot Show pour passer de l'année 1967 à 1968167. Plusieurs compositeurs célèbres de l'époque doivent lui écrire des chansons sur mesure qu'elle chantera ou dansera165. Bien qu'ils ne se voient déjà plus, Gunter Sachs lui demande de présenter Batouk le film qu'il produit, à la soirée de clôture du Festival de Cannes 1967, ou, qu'à défaut, ils cessent définitivement de se voir49. Elle accepte. À Cannes, la foule est hystérique168. « J'essayai ce fameux soir de gala à Cannes de me frayer un chemin au milieu d'une foule hystérique qu'hélas je connais trop bien, ballottée, écrasée, malmenée, étouffée, mais souriante, oui souriante169 ». C'est sa dernière apparition officielle dans le monde du cinéma169. De Serge Gainsbourg à Shalako (1968-1969)[modifier | modifier le code]Sa relation avec Gunter Sachs se détériore de jour en jour170. Son agent en profite pour lui faire signer le western Shalako avec Sean Connery171, dont elle ne lira jamais le script172. Elle enregistre peu après les chansons Le Soleil, Harley-Davidson, puis le cadeau d'amour de Serge Gainsbourg : Je t'aime… moi non plus50 ainsi que Comic strip et Everybody Loves My Baby (en). Indépendamment de la complicité artistique qui existe entre eux, la comédienne-chanteuse cède au charme singulier de l'homme à la « tête de chou »10. « La beauté c'est quelque chose qui peut être séduisant un temps. Ça peut être un moment de séduction. Mais l'intelligence, la profondeur, le talent, la tendresse, c'est bien plus important et ça dure beaucoup plus longtemps », dit-elle plus tard10. Sur les conseils de son agent, pour ne pas faire un scandale mondial qui ternirait son image à cause de Sachs173, elle demande à Serge Gainsbourg de ne pas diffuser Je t'aime… moi non plus et de la remplacer par une autre, Bonnie and Clyde174. Serge Gainsbourg.Puis c’est le départ en Espagne pour les besoins de Shalako : dans la chanson Initials B.B. de Serge Gainsbourg, l'héroïne prononce Almería, lieu de leur rupture définitive : Brigitte Bardot part y tourner le film Shalako ; c'est, selon Brigitte Bardot elle-même, l'un des plus mauvais films de sa carrière175. Son peu d’intérêt pour le tournage la fait arriver souvent en retard sur le plateau176, ce qui n'est pas pour plaire au metteur en scène (Edward Dmytryk, figure de Hollywood) qu'elle décrit comme « dur, froid, il avait des exigences militaires177 ». La première mondiale du film a lieu à Hambourg le jour de son anniversaire et elle avoue ne pas comprendre l'histoire, qui n'a selon elle aucun intérêt178, ni l’ovation qu’il reçoit lors de sa première178. Au box-office mondial, le film est cependant un échec179 et les critiques en majorité négatives. Jean de Baroncelli écrit dans Le Monde : « On se demande vraiment quelles raisons secrètes ont bien pu pousser Brigitte Bardot à accepter ce rôle (?) qu'elle tient dans Shalako. Si ce fut l'envie de changer d'emploi et d'incarner les héroïnes de western, elle s'est complètement trompée de scénario180,181. » Elle répond favorablement aux deux projets qu'on lui présente : Les Femmes et L'Ours et la Poupée. Le premier dirigé par Jean Aurel, (qu'elle avait fait remplacer dans La Bride sur le cou « tant il était nul et sans talent182 ! ») est un film à petit budget qui doit se tourner en décors naturels182. Elle le juge « sans intérêt182 ». Mal reçu par la critique, c'est un échec commercial183. Entre-temps, François Truffaut prépare le tournage de La Sirène du Mississipi, dont elle aimerait avoir le rôle féminin, mais le cinéaste lui préfère Catherine Deneuve. Le film n'est pas un succès et à sa sortie, Bardot déclare : « Je suis ravie que ce soit un tel bide, parce que c'est bien fait. On me l'a piqué d'une manière tellement ignoble. J'étais folle de rage166. ». De L'Ours et la Poupée aux Pétroleuses (1970-1971)[modifier | modifier le code]Quant à L'Ours et la Poupée, la préparation en est extrêmement professionnelle184. Un film « magnifique » selon Bardot185. « J'ai de très bons souvenirs de ce film. Je m'entendais à merveille avec tout le monde, ce qui est un exploit185 ! » La sortie des deux films se fait à quelques mois près, le second permettant de faire oublier le premier186. Elle déclare : « L'Ours et la Poupée est un peu le Et Dieu… créa la femme des années 1970. J'ai été recréée par Michel Deville187. ». Son agent, s'inquiètant de ne pas recevoir beaucoup de propositions, lui conseille d'accepter Les Novices, une comédie avec Annie Girardot. « C'est vrai que l'idée était bonne, c'est le film qui ne le fut pas ! Mais alors pas du tout188 ! » Bardot trouve l'histoire faible mais améliorable si le metteur en scène, Guy Casaril, « avait eu du talent188 ». Ce dernier doit être remplacé. À sa sortie, le film reçoit des critiques mitigées. Certains trouvent le film « amusant189 », d'autres, au contraire écrivent « Rarement le cinéma français est tombé si bas dans l'ignorance190 »191. Tandis que Claude Chabrol remplace Cazaril à la direction du film pour essayer d'en tirer le meilleur, Robert Enrico prépare Boulevard du rhum, un film sérieux, professionnel, long et difficile, dans lequel Lino Ventura doit jouer192. On propose à Bardot le rôle de Linda Larue, star du milieu des années 1920, idole et amour inaccessible du marin Cornélieus192. Celle-ci accepte, malgré son aversion pour les voyages à l'étranger. Elle y chante Plaisir d'amour en duo avec Guy Marchand et donne sa dernière grande comédie après L'Ours et la Poupée. Sachant à peine de quoi il s'agit, elle donne son accord pour Les Pétroleuses, une comédie de Christian-Jaque tournée en Espagne, que Claudia Cardinale a accepté de jouer à condition de l'avoir comme partenaire193. Brigitte Bardot doit assurer elle-même ses scènes à cheval, qui font éclater de rire Claudia Cardinale. « Claudia était rompue à l'équitation. Je la faisais rire aux larmes dès que, lancée dans un galop effréné par un assistant qui avait envoyé une bourrade dans le cul de mon cheval, je hurlais des « maman, au secours » cramponnée à ma selle ou à la crinière du pauvre animal194 ». Le tournage se poursuit avec le moment de la bagarre mémorable qu'elles doivent se livrer, pour la possession d'un ranch, et qui dure une semaine. Sept jours pendant lesquels elles passent leur temps à s'envoyer des coups de poing d'homme et à mordre la poussière à tour de rôle. « Le plus dur fut d'esquiver, en faisant croire que nous avions reçu le coup ! Deux ou trois fois, je me retrouvai avec la lèvre fendue. La pauvre Claudia eut un début d’œil au beurre noir. Cette bagarre sans pitié nous rapprocha. La scène finie, nous tombions dans les bras l'une de l'autre, nous excusant de nos maladresses mutuelles195 ». Les deux femmes ne se reverront que 23 ans plus tard, lors d'une cérémonie à la Comédie-Wagram organisée par Jacques Chirac en 1994, pour la remise de la médaille de la Ville de Paris196. Le succès de ses deux derniers films, Boulevard du rhum et Les Pétroleuses197, la laisse indifférente198. Brigitte Bardot est alors choisie pour être le modèle du buste de Marianne199, trônant dans toutes les mairies de France. En acceptant, la célèbre comédienne devient la première actrice à prêter ses traits au symbole français. Le buste est réalisé par le sculpteur Aslan200. Roger Vadim souhaite faire un nouveau Et Dieu… créa la femme201 en lui proposant d'interpréter le rôle de Don Juan en femme202. Elle signe pour ce film qui fait d'elle, à la fin de sa carrière, « l'actrice la moins appréciée, la plus exposée à l'ingratitude d'un public qui m'avait vénérée pendant vingt ans202 ! ». Ce film est un calvaire pour elle202. Elle le trouve « sans intérêt » malgré tous ses partenaires de talent : Maurice Ronet, Robert Hossein, Mathieu Carrière et Jane Birkin201. Dernier film : Colinot-Trousse Chemise (1973)[modifier | modifier le code]À Paris, son agent lui soumet le scénario de L'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise. Nina Companeez, que Brigitte Bardot aime bien, en est l'auteur et doit le mettre en scène, avec Francis Huster, dans le rôle de Colinot203. Sa participation, très courte, ne doit durer qu'une semaine et, après l'échec de Don Juan 73, son agent pense que ce projet est bien choisi203. Après avoir lu et apprécié, elle signe et se rend dans le Sud-Ouest. En attendant, Brigitte Bardot rencontre Jean-Pierre Elkabbach, qui veut qu'elle participe à son émission Actuel 2203. Elle doit être confrontée à quatre journalistes, pendant une heure, en direct. Elle déclare : « C'était un terrible risque à prendre. J'en fus malade de trac huit jours avant et huit jours après, mais je le pris. Après tout, qu'avais-je à perdre ? J'avais tant à y gagner ! Le public ne connaissait pas la vraie Brigitte. Je passais depuis des années pour une ravissante idiote que je n'étais pas. Il était temps de le faire savoir203 ! » Le 9 avril, les Français la découvrent totalement différente de celle qu'ils imaginaient204. Dix millions de téléspectateurs suivent l'émission204. Sur le tournage de Colinot, elle ne s'estime plus dans son rôle et, se regardant dans un miroir, se trouve « stupide » avec son déguisement205. « Tout cela me sembla dérisoire, superflu, ridicule, inutile205 ». C'est à ce moment qu'elle décide d'arrêter définitivement ce métier205. Le soir, elle annonce à Nicole Jolivet, journaliste de France-Soir qui se trouve là par hasard : « J'arrête le cinéma, c'est fini, ce film est le dernier - j'en ai marre205 ! » C'est un raz-de-marée médiatique205. Tous les journaux du monde reprennent l'information205. « Je me sentis allégée d'un poids terrible206 ». Elle n'est jamais revenue sur cette décision, malgré le très grand nombre de propositions « parfois tentantes » qu'a reçu son agent depuis206, comme la proposition de tourner un film avec Marlon Brando, pour un cachet s'élevant à un million de dollars américains207. Néanmoins, elle se montre intéressée par une éventuelle adaptation du roman d'Albert Cohen, Belle du Seigneur208. Elle déclare même au Monde : « Je vais encore faire un film, mais il faut que ce soit quelque chose de fantastique. C'est pourquoi je serai très prudente sur le choix du scénario »209, mais elle annonce néanmoins mettre un terme définitif à sa carrière en 1975209. La dernière image du dernier plan de son dernier film, le 48e de sa carrière, la montre une colombe à la main, symbole de sa vie future consacrée aux animaux. Le 6 novembre 1973, elle se fait le serment que son nom, sa gloire, sa fortune et sa force lui serviront à les aider jusqu'à sa mort, à se battre pour eux, à les venger, à les aimer et à les faire aimer210. Nudité dans sa carrière[modifier | modifier le code]Alors que Et Dieu… créa la femme fait d'elle une star, le Vatican tient, à l'exposition universelle de Bruxelles de 1958, un salon en proposant aux visiteurs un pavillon composé de deux salles : la première est réservée aux miracles du Bien et la seconde, dédiée aux méfaits du Mal, comporte une photo de Brigitte Bardot dansant le mambo dans Et Dieu... créa la femme211. Pour longtemps, l'image et la vie de Brigitte Bardot sont alors associées au « scandale, à l'immoralité, au péché de la chair, au diable cornu, au symbole de la plus grande dépravation »212. Sa position allongée, nue sur le ventre, dans Et Dieu… créa la femme, est reprise par Vadim dans Le Repos du guerrier en 1962, Jean Aurel dans Les Femmes et Godard dans Le Mépris qui a rajouté de piquants dialogues entre elle et Michel Piccoli : « — Tu vois mon derrière dans la glace ?— Oui— Tu les trouves jolies mes fesses ?— Oui... très.— Et mes seins. Tu les aimes ?— Oui, énormément.— Qu'est-ce que tu préfères, mes seins, ou la pointe de mes seins ?— Je sais pas, c'est pareil. » En 1973, Vadim souhaite de nouveau créer le scandale avec un nouveau Et Dieu… créa la femme, qu'il intitule Don Juan 73. Pour cela, Brigitte Bardot, pour qui le film est un « calvaire202 », tourne une scène d'amour avec Jane Birkin201. Pour elle, la nudité qu'elle a montrée correspond à de la « petite bière en comparaison de ce que l'on voit aujourd'hui »10. Engagement dans la défense animale[modifier | modifier le code]Chasse aux phoques (1973-1978)[modifier | modifier le code] Un blanchon.Pendant trois ans, par ses propres moyens, Brigitte Bardot essaie de faire de son mieux pour les animaux213. Elle se fait porte-parole de la SPA et lance des appels en faveur des chiens abandonnés208. Elle se lie à Allain Bougrain-Dubourg. En 1976, elle rejoint Brian Davis de l'IFAW, et déclenche une vaste campagne internationale pour dénoncer la chasse aux phoques214 après avoir vu un documentaire à ce sujet215. Pratique ancienne des Inuits de la région arctique, qui s'en servent pour maints usages en récupérant la viande, la fourrure, la graisse (ou l'huile) et les os, la chasse permet de nourrir pendant sept mois quelque 15 000 familles de pêcheurs (en hausse)216. Mais ce sont les méthodes employées qui consternent l'actrice. En effet, les phoques âgés de 15 jours à peine sont assommés à coups de massue, puis dépecés sur place, parfois encore conscients214. Bardot mène alors une manifestation devant l'ambassade de Norvège et de nombreuses interventions médiatiques remuent l'opinion publique mais ne suffisent pas à faire changer d'avis les responsables de la chasse214. Le 15 mars 1977, le président français Valéry Giscard d'Estaing interdit l'importation de peaux de phoques en France214. Le 20 mars 1977, celle qui est encore une star aux yeux du monde entier se rend au Canada, sur les glaces polaires de Blanc-Sablon, afin d'y dénoncer la chasse aux blanchons pour leur fourrure. Elle entreprend alors un combat qui va changer sa vie10. Son périple dure cinq jours sous une pression médiatique inouïe215. À son arrivée, elle crie aux chasseurs « Canadiens, assassins »215 et déclare lors de sa conférence de presse : « Si je suis venue ici, ce n'est pas pour faire du tourisme ou pour me faire photographier comme au Festival de Cannes. [...] Nous sommes ici pour trouver une solution au problème qui se pose mondialement et nous supplions, Monsieur Weber et moi, et le monde entier, le gouvernement canadien de trouver une solution à ce problème. De toute façon, quoi qu'il arrive, le phoque est en voie de disparition. […] Il faut que vous vous disiez, même si la chasse au phoque existe depuis 300 ans, que les traditions changent et seuls les imbéciles ne changent pas d'avis. » — Brigitte Bardot, Conférence de presse au Canada, 1977Dans son combat, Brigitte Bardot est soutenue par de nombreuses personnalités, telles Isabelle Adjani, Kim Basinger, Tippi Hedren, Ursula Andress et Johnny Hallyday217. Le 28 mars 1983, après une réception de Bardot au Conseil de l'Europe, la Communauté économique européenne, autre institution européenne, interdit l'importation des peaux et de fourrures de bébés phoques harpés (à manteau blanc) et de bébés phoques à capuchon (à dos bleu)214,218. Dès lors, la chasse connaît une forte diminution. En effet, 20 000 phoques sont abattus en 1985 contre 200 000 en 1981218. Dernière chanson (1980-1988)[modifier | modifier le code]Pour prolonger l'action qu'elle vient de mener, elle publie en 1978 un livre illustré destiné aux enfants, Noonoah, le petit phoque blanc, racontant la vie d'un bébé phoque sauvé des chasseurs par un Inuit. En 1982, elle reprend à titre exceptionnel le chemin des studios d'enregistrement pour deux dernières chansons, en hommage aux animaux : Toutes les bêtes sont à aimer et La Chasse. En mars 1980, TF1 diffuse un reportage sur les conditions d'abattage des chevaux et révèle que la France est le 2e pays d'Europe à en manger. Scandalisée, Brigitte Bardot réagit le lendemain en demandant aux Français de ne plus le faire : « Il y a des tas de pays qui ne mangent pas de chevaux et qui ne se portent pas plus mal pour autant. Je trouve ça dégueulasse et puis la façon dont on les transporte que ce soit par bateau ou par train. Ils arrivent dans des conditions abominables. Quand ils ont les pattes cassées, on les jette par-dessus bord, vivants. [...] Les Français n'ont qu'à plus manger de viande de cheval et puis c'est tout. Pourquoi on ne mange pas de chien ou de chat ? Les Français pensent qu'à bouffer. Ils sont gros et gras, et meurent d'un infarctus, et les femmes font des régimes. Qu'ils mangent moins, et qu'ils commencent par arrêter de manger du cheval. C'est dégoûtant219. » Elle décrit les abattoirs comme « une vision proche de l'enfer213. » En 1984, Brigitte Bardot apprend qu'elle est atteinte d'un cancer du sein220. Elle refuse dans un premier temps de se faire soigner220, pensant qu'il s'agit de son destin et affirmant « traiter le cancer avec mépris, lui accordant peu d'importance »220,34. Son amie Marina Vlady réussit à la convaincre de commencer un traitement, qui se termine par sa guérison34. En 1986, dix-neuf ans après son enregistrement, elle propose à Serge Gainsbourg de sortir leur version restée inédite de Je t'aime… moi non plus. La chanson, chantée entretemps par Jane Birkin, connaîtra un succès certain. Actions conduites avec la fondation Brigitte-Bardot[modifier | modifier le code]Création de la fondation (1986-1992)[modifier | modifier le code]En 1986, Bardot crée, à Saint-Tropez, la fondation Brigitte-Bardot, organisme ayant pour objet la protection des animaux. Pour la faire reconnaître d'utilité publique, elle disperse aux enchères les objets de son ancienne gloire : bijoux, effets personnels, robes ou encore des photos et affiches, pour la plupart dédicacées. Elle déclare alors : « J'ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes. Que je donne ma sagesse et mon expérience et le meilleur de moi-même aux animaux10 ». Elle réussit à obtenir les trois millions de francs nécessaires en grande partie grâce à la vente du diamant que lui avait offert Gunter Sachs207, « l'immense diamant qu'il m'avait donné, qui a été une grande part de l'argent que j'ai récupéré. C'est lui qui l'a racheté. Il me l'a pas redonné parce qu'il se serait dit elle va encore le revendre pour les animaux. Mais enfin, il

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Nina COMPANEEZ - ‎LE LIVRE DE BRIGITTE BARDOT - Ed.Frontières - 1971

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